Le Sens de la Vie

28.12.2018

Dr. Nicholas Kostopoulos

“La Vie c’est maintenant, vous devez le croire.”

Une interview de Kimon Frangakis

Source : Andro.gr [ http://www.andro.gr/zoi/doctor-nikolaos-kostopoulos/ ]

 

Appréciant son bagage scientifique (il a étudié la médecine classique et travaillé dans l’unité de soins intensifs d’un hôpital public), l’innocence de son discours et son humour léger, j’ai pensé qu’il était la personne idéale pour vous présenter notre nouvelle chronique “Le sens de la vie”. Je vous invite à découvrir “Le sens du style” et “Le sens du bonheur”, des chroniques similaires avec un fond existentiel. 

Le médecin me fait l’honneur de me rencontrer au Centre de Santé Holistique, un prototype de cabinet médical/centre de bien-être qu’il a créé pour la méditation, le yoga et la médecine holistique. Le Centre se trouve dans une belle maison moderniste en béton apparent à Kifissia, entouré d’un jardin paisible planté de «zen méditerranéen». Alors que les oiseaux chantaient par la fenêtre, j’ai appuyé sur le bouton d’enregistrement:

 

– Combien de fois avez-vous la nostalgie ou le regret du passé?

Presque jamais. Le passé est une fondation du présent et par conséquent  je n’ai pas l’impression que c’est quelque chose qui a disparu et pour lequel j’ai soudainement éprouvé de la nostalgie . Au contraire, c’est quelque chose qui m’a construit et qui continue, alors je le vis à cet instant où nous parlons en tant que partie de moi-même. Bien sûr, si quelque chose s’est terminé pour de bon en moi pour une raison ou une autre, je le laisserai partir. La nostalgie n’a donc pas d’espace pour grandir. De plus, regretter n’est pas quelque chose qui me caractérise. J’ai commis des erreurs bien sûr, mais ces erreurs ont en quelque sorte construit ce que je vis en ce moment. Bien sûr, ce dont je m’assure toujours, c’est que si j’ai blessé quelqu’un, même sans le vouloir, je veux faire la paix avec lui ou elle. Je considère cela comme très important. Tant que je vis, je ne veux pas blesser quelqu’un pour une de mes erreurs. S’il est blessé par son erreur, cela ne me dérange pas. Mais si c’est mon erreur, je veux m’assurer que je me suis excusé.

– Êtes-vous inquiet pour l’avenir ou avez-vous des rêves que tout sera meilleur dans le futur?

Je ne m’inquiète pas car m’inquiéter, c’est du gaspillage d’énergie. Bien sûr, il y a toujours des problèmes, mais je préfère consacrer toute mon énergie à résoudre ces problèmes ou à en atténuer l’impact. Qu’est-ce que s’inquiéter? C’est une réaction à la réalité. Non, vous devez concentrer votre énergie sur la manière de créer plus de paix. C’est la première chose que je dois dire. La seconde est que les choses ne sont pas aussi mauvaises qu’elles en ont l’air! Par exemple, si de nos jours quelqu’un a un accident dans la rue et se casse le pied, une ambulance arrive, elle l’emmène à l’hôpital, même si ça prend du temps, et il y a quelqu’un pour le soigner. Il y a 2000 ans, un lion serait venu, vous aurait mangé et vous n’auriez plus de raisons de vous faire du souci (rires). Donc non, je ne me fais pas de souci.

Vous ne vous attendez pas non plus à ce que tout aille mieux à l’avenir?

Il n’y a jamais eu de période dans la vie de l’humanité sans, disons, un conflit entre le bien et le mal, alors qu’est-ce que cela signifie que tout aille mieux à l’avenir? Faire venir un nuage rose qui s’établirait en permanence sur nos têtes?

Comment réussissez-vous à vivre dans le présent sans que vos pensées ne partent ailleurs?

Il y a plusieurs facteurs qui contribuent à cela. Le premier est génétique. La façon dont le cerveau d’une personne agit dépend de son «câblage». Donc, personnellement, j’ai de la chance, j’ai de bons gènes. Mon cerveau n’est pas vraiment du genre à se faire du souci à cet égard. Deuxièmement, lorsque j’ai eu 17 ans j’ai commencé à m’intéresser à la philosophie. Je voulais savoir pourquoi les gens sont heureux et pourquoi ils deviennent malheureux. J’ai donc commencé dès mon plus jeune âge à m’entraîner à voir quelle était la réalité de la vie, dans le moment présent. Et vous savez que le présent est un élément très fort. Nous avons dit précédemment que le passé n’existe pas, il est terminé. Ce que nous avons dit, ce que nous vivions il y a une minute est terminé. Et quant à l’avenir, c’est un fantasme.

Vous voulez dire, il n’y a que le maintenant, il n’y a rien d’autre?

Exactement. En fait, si vous consacrez tout votre cœur à ce que vous vivez maintenant, vous obtiendrez un développement correspondant avec le meilleur «avenir» possible. Cela me garde dans le présent. De plus, en médecine, il faut toujours être dans le présent. Si vous travaillez dans un hôpital et que trois patients arrivent, vous devez décider rapidement qui vous allez voir en premier et ce que vous pouvez faire de bien. Il n’y a pas de temps à perdre à penser à l’avenir ou au passé. C’est donc une question de technique mais aussi de foi. Foi dans le fait que la Vie existe à cet instant et que je ne veux pas rêvasser à un futur ni rester coincé dans le passé. Il existe également des techniques de méditation, mais le but principal est de croire que la vie est maintenant, que vous vivez cet instant, pas hier, ou deux minutes plus tard.

Vous êtes-vous déjà senti vraiment heureux?

Pour moi, le sens du bonheur n’est pas comme une joie profonde, un achèvement. C’est quelque chose qui coule. Et alors que nous sommes en train de parler, un sentiment de bonheur flotte dans l’atmosphère. C’est le soleil qui entre par la fenêtre, les plantes du jardin, deux personnes qui discutent agréablement.

Et ça suffit.

Oui ça suffit.

– Nous n’avons pas besoin non plus d’un gâteau et d’une montre en or.

Que feriez-vous avec? Ils ne vous rendront pas heureux. Si vous voyez un bébé naître, la première chose qu’il fait c’est qu’il sourit. Même si il n’est pas encore en mesure de voir. Donc, le bonheur est une force qui est dans notre nature. C’est cette force que nous ressentons en nous qui nous pousse à faire mille choses à l’extérieur pour rester heureux. Cependant, vous n’avez pas besoin d’aller ailleurs pour trouver le bonheur qui est déjà en vous.

Donc notre situation par défaut, comme nous l’appelons, est celle du bonheur?

Exactement. Et plus vous êtes proche de votre nature, plus il surgit.

– Et le malheur?

Je parlerai plutôt de souffrance. Quelque chose se passe, une tragédie, les gens souffrent, vous ne pouvez pas ne pas ressentir la douleur. C’est complètement humain. Vous voyez un animal blessé sur la route et vous ressentez de la peine. Comme nous l’avons dit cependant à propos du bonheur, je ne crois pas qu’il y ait «malchance». Je pense que la vie est extrêmement riche et que même le plus gros des problèmes, si vous le regardez correctement, a quelque chose à vous apprendre. Je me souviens que lorsque je terminais mes journées de consultation à Londres, je regardais par la fenêtre la place Cavendish et j’observais un homme sans abri qui préparait son lit pour la nuit. J’admirais à quel point il était ordonné, où il mettait ses chaussures, il avait un rituel. Il était heureux. Cela se voyait.

Vous souvenez-vous de ce qui vous a motivé quand vous étiez enfant?

Oui, je m’en souviens très bien. Mon surnom était « Pourquoi » parce que je demandais constamment pourquoi. Et cette recherche constante me motivait: pourquoi les choses sont comme elles sont, pourquoi je suis moi, pourquoi je suis malheureux quand je mange des lentilles, pourquoi je dois attendre le week-end pour être heureux.

On dit que les gens qui ont beaucoup de questions ne sont pas les personnes les plus heureuses. Heureux les simples d’esprit…

Cela dépend du type de questions que vous avez et de la façon dont vous recherchez les réponses. Parce que certaines réponses ne sont pas logiques. Elles sont au-delà de la logique. Par exemple, nous nous rencontrons à cet instant. Ce n’est pas une rencontre logique si vous pensez que pour que vous et moi puissions voir le jour des millions d’années et de naissances ont précédé les nôtres. En même temps, notre rencontre est complètement logique. Nous sommes assis ici et parlons bien. Si vous acceptez les deux, simultanément, alors je crois que vous êtes béni.

Le logique et le non logique peuvent-ils être vrais en même temps?

Mais ils le sont! Bien sûr, en même temps.

Vous souvenez-vous des promesses que vous vous êtes faites quand vous étiez jeune et romantique?

Je ne me souviens pas de m’être fait des promesses. Je ne crois pas en de telles promesses. En fait, je crois que nos actions ne sont déterminées en partie que par ce que nous considérons être notre moi. Nos actions sont déterminées par nos besoins actuels. Quel genre de promesse pouvez-vous sincèrement faire quand, à un moment donné, vous serez peut-être obligé de voler pour nourrir votre enfant?

– Arrivez-vous à apprécier les choses simples de la vie et quelles sont-elles pour vous?

Oui, Dieu merci! J’aime le contact avec la nature, une conversation agréable avec des gens qui ont de l’humour et parlent sincèrement … J’aime beaucoup le calme. Tout commence par être silencieux. Même dans notre conversation, il y a le calme, puis la vibration, puis le silence. En outre, la vérité est que lorsque vous êtes dans le monde médical, vous savez apprécier ce qu’est l’état de santé. Je ne me soucie pas de savoir si je vais aller au théâtre ou au cinéma. Je dis pouvez-vous marcher? C’est un miracle! Ne vous inquiétez pas de savoir où vous irez. Est-ce que vous pouvez voir? C’est merveilleux! Ne vous angoissez pas de savoir ce que allez voir, théâtre, film ou autre chose. Ainsi, la médecine, dans un sens, vous aide à devenir philosophe. Cela vous rappelle à chaque instant tout ce que nous avons et que nous n’apprécions pas.

Avez-vous trouvé un mécanisme pour vous rappeler que tout passe, les bonnes choses comme les mauvaises.

Je n’ai pas trouvé de mécanisme, la vie est comme ça. Tout passe, comme le soleil qui se lève puis se couche. Je n’ai pas besoin de faire quoi que ce soit.

Vous voulez dire que la preuve est autour de nous.

Tout le mécanisme de l’univers est comme ça. A chaque instant ça change. C’est pourquoi il faut rester dans le moment présent et tout lui donner.

Comment pouvons-nous appliquer cet exemple universel à notre psychologie individuelle? Comment cela peut-il nous aider à ne pas être insatisfaits?

Mais nous sommes l’univers. Nous respirons constamment, c’est la plus grande preuve que nous faisons partie de l’univers et que l’univers est en nous. Nous voyons le soleil tous les jours, nous sentons sa chaleur. La terre nous soutient constamment. Nous marchons sur la terre. C’est fantastique. Nous ne faisons tout simplement pas le lien émotionnel avec ce miracle qui se produit constamment parce que nous ne payons pas pour cela! C’est inestimable mais nous n’entrons pas en connexion avec lui… Si vous vous connectez même rien qu’un peu avec ce miracle, c’est comme manger du miel. Si vous mangez du miel et percevez sa douceur, vous n’avez besoin de personne pour vous dire que le miel est doux. Le miel est doux, la vie est incroyablement douce, à partir du moment où vous l’appréciez.

Vous semblez vous contenter de très peu. Eprouvez-vous de l’attachement pour les objets qui vous entourent? Si vous deviez subitement tout laisser derrière vous, que tenteriez-vous de conserver?

Bien sûr, j’essaierais de conserver quelque chose de nécessaire pour ma famille, un document important par exemple, mais je ne suis pas attaché aux objets. Peut-être seulement à mon vélo! J’aime mon vélo; c’est le moyen de transport le plus naturel. En outre, c’est un outil enfantin. J’aime un dicton qui dit: « Vous ne pouvez pas acheter le bonheur, mais vous pouvez acheter un vélo ce qui est plus ou moins la même chose! ». Il a le mouvement, il a les cercles des roues qui sont des symboles d’harmonie. le sens du toucher très fort. Cela vous permet de vous concentrer pour garder votre équilibre. Il a tellement de caractéristiques qui calment votre esprit.

C’est une forme de méditation.

Oui. En faisant du vélo, en cherchant l’équilibre, votre esprit entre automatiquement en contact avec le présent.

Nous disons souvent qu’il n’y a pas de raisons d’être malheureux tant que nous avons la santé. Que faites-vous en dehors du vélo pour avoir la santé, le bien-être et une longue vie? Que faites-vous pour vous-même?

J’aime beaucoup bouger dans la nature. Neuf matin sur dix quand je me lève, je grimpe sur la montagne. Les arbres, les oiseaux, l’air me procurent une paix incroyable. J’aime aussi la méditation. Faites d’abord un peu d’exercice dans la nature, puis méditez, faites un peu de yoga, respirez. La méditation fait partie de moi. Et j’aime aussi beaucoup aller à l’église. Être assis un moment, être paisible, regarder les bougies, écouter les psaumes. Une autre chose qui me garde en forme est d’être créatif. Si j’ai un peu de temps, j’essaie de le consacrer à la recherche pour voir ce que je peux encore apporter à la médecine. Et bien sûr, je profite énormément de ma famille, cela me procure joie et santé de passer du temps avec ma femme et nos deux enfants.

– Et que faites-vous pour la société dans son ensemble? Que proposez-vous aux autres?

Tout d’abord, je ne crois pas que notre moi et la société soient deux entités distinctes. Je crois que ce n’est que si je suis heureux et en bonne santé que je peux servir les autres. Je considère cela comme un point extrêmement important. C’est comme le citronnier. Il faut d’abord absorber le soleil et l’eau pour donner des citrons après, n’est-ce pas vrai? Pour moi, être en bonne santé est aussi un exemple pour mes patients. À partir de là, socialement, je fais diverses choses. La médecine elle-même est un service social. De plus, la médecine que je pratique ne consiste pas uniquement à analyser des analyses de sang et à rédiger une ordonnance. Cela ne m’intéresse pas. Je m’intéresse à la personne qui vient à moi pour l’aider à résoudre l’énigme de sa vie et à trouver le bien-être d’une manière générale. Je pense que la façon dont je fais cela est de l’ordre du service. Je pourrais facilement recevoir quelqu’un pendant dix minutes, établir un diagnostic classique et le laisser partir, mais ce serait mesquin de ma part.

Il y a également un écriteau dans la salle d’attente indiquant que vous acceptez les visites gratuites des personnes ayant des difficultés financières.

Maintenant, le fait que je traite des patients sans être payé, ici et en Inde où je vais souvent, est un autre aspect sur lequel je préfère toutefois garder le silence. C’est ma relation personnelle avec l’univers si vous voulez.

Alors, croyez-vous que vous êtes une bonne personne? Et quelles sont vos plus grandes faiblesses?

J’essaye d’être une bonne personne. J’essaye constamment et je pense que nous devons constamment essayer d’être meilleurs, plus paisibles parce que nous ne savons pas ce que l’univers nous réserve. C’est quelque chose de naturel. Comme un arbre qui pousse et va vers le ciel. C’est notre nature d’être en santé, de vouloir offrir quelque chose en plus autour de nous. Ma faiblesse est que, souvent, il m’arrive de donner un peu plus d’énergie que nécessaire aux personnes qui ne l’utilisent pas de la bonne manière. Mais ce n’est pas grave.

Ce n’est pas une grande faiblesse. Ne vous énervez-vous jamais?

La colère est un désir qui n’est pas assouvi. Je n’ai pas beaucoup de désirs parce que l’univers est quelque chose qui se déploie et nous enseigne constamment. Si quelqu’un fait quelque chose de choquant, j’essaie d’être agréablement surpris de ne pas l’avoir imaginé. Il ne sert à rien de se fâcher contre lui.

Qu’est-ce que vous craignez le plus?

La peur dépend du moment. Cela signifie que lorsque vous êtes bien, vous ne craignez rien. Vous êtes même prêt à quitter la vie. Si vous commencez à beaucoup penser, vous tombez .. Vous vous dites et s’il y a un tremblement de terre et que le plafond me tombe sur la tête, comment vais-je respirer? Et c’est comme ça que la peur vient. Je pense que la peur est une émotion qui survient si le mental fonctionne de manière légèrement incorrecte. Si l’esprit fonctionne clairement, vous vivez le moment sans crainte.

Est-ce que c’est comme ce qu’on disait à propos de s’inquiéter?

Exactement. La peur est un souci accru. Si vous êtes fatigué, la peur peut se manifester mais ce n’est pas l’état naturel de l’homme. Donc je n’ai pas peur. Si vous me dites que je dois aller au ciel, c’est ok pour moi. De la même manière que je suis apparu, je vais disparaître; ça fait partie du programme. Ce n’est rien de terrible. Je dis parfois, savez-vous quelle est la principale cause de décès? Ce n’est pas une maladie. C’est la naissance. C’est la réalité. Si c’est quelque chose de naturel, acceptez-le, ne cherchez pas à l’analyser logiquement. Votre logique va devenir folle. C’est comme essayer de compter les étoiles. Ça n’a aucun intérêt. Certaines choses sont au-delà de la logique. Laissez-les comme ça. Que pouvez vous faire d’autre?

Au fur et à mesure que vous prenez de l’âge, acceptez-vous la détérioration ou ressentez-vous de l’amertume face au temps perdu?

Pas du tout. La détérioration est amusante! Parce que vous apprenez à découvrir d’autres facettes de vous-même. À 18 ans, vous pensez que vous devez tout faire et ça vous sape le moral. À 58 ans, vous dites d’accord, je vais investir de l’énergie plutôt pour ceci, je vais économiser mon énergie pour celà, vous faites preuve de discernement, vous vous concentrez. Kimon, la détérioration n’est pas une détérioration réelle. En nous, nous avons des énergies. Quand on est petit on veut de l’amour, de la nourriture, aller au lit de bonne heure … Quand on a 18 ans on veut le feu, l’interaction. C’est cette énergie du feu qui diminue en vieillissant, notre désir de faire des choses magnifiques diminue, mais une autre énergie plus subtile augmente, celle qui nous fait accepter les choses. Une énergie à travers laquelle nous pouvons devenir plus philosophes et à la fin, orienter notre énergie exactement là où elle est nécessaire.

Nous avons une énergie différente.

C’est une énergie plus fine! Elle n’a pas le dynamisme qu’elle avait quand nous avions 18 ans mais cela n’a aucune importance. C’est une autre forme d’énergie avec laquelle nous sommes appelés à résonner. Notez que cela se renforce à mesure que le feu diminue. Ce n’est pas une petite chose.

Vous ne pensez pas à la mort?

Non, je n’y pense pas du tout. C’est quelque chose de complètement naturel et quand ça viendra, ça viendra. Tout va bien.

Quand vous quitterez la vie, pensez-vous avoir laissé une trace?

Tout d’abord, nous aurons quitté cette interview qui est excellente (rires). Regardez, vous ne pouvez pas ne pas laisser de trace. Mais je ne vois pas cela comme un accomplissement personnel cependant. Regardez le soleil, quand il se couche que reste-t-il? Il a laissé toute la lumière qu’il a donnée à chaque être vivant. Donc, indéniablement, l’existence de chaque personne laisse quelque chose à son tour.

Alors, tout n’est pas en vain.

C’est à la fois en vain et pas en vain! Les deux. Si vous le regardez d’un certain angle, je peux avoir vu 10 000 patients d’ici à la fin de ma vie. Comparé aux 7,5 milliards d’habitants, ce n’est rien. C’est bien que ce ne soit rien car lorsque vous le réalisez vous vous détendez. Par contre, quand vous voyez quelqu’un, même une seule personne, c’est très important. Et ainsi, ce que nous considérons être en vain et non en vain ne sont que des opinions du mental. La vie est au-delà du mental. Au-delà de l’inutilité ou de l’utilité comme nous le comprenons.

Au-delà du rationnel et du non rationnel dont nous parlions plus haut.

Exactement. Et c’est la beauté de la vie. Elle est précisément ce qu’elle est. Et elle est vibrante. Tout le reste ne sont que des explications logiques secondaires que nous élaborons. Des tentatives de contrôler quelque chose qui n’est pas contrôlable.

Est-ce pour cela que nous recherchons la vie après la mort? Croyez-vous en l’enfer et au paradis? En la réincarnation?

Je ne m’implique pas du tout dans ces idées. Je pense que le fait de croire ou non n’est pas très important. D’une part, tout ce qui doit se passer se passera, et de l’autre, il y a tellement de choses à faire maintenant que passer du temps sur quelque chose qui n’a pas de sens serait une perte de temps. Soyons impliqués dans la vie telle qu’elle se déroule à cet instant. Quand j’étais bébé, est-ce que je croyais que j’allais grandir? Pourquoi? Quand j’étais bébé, je buvais du lait. Maintenant je fais ce que je fais. Quand je mourrai, je verrais ce qui se passe! Si nous avons une interview au paradis dans 200 ans, je vous le dirai (rires).

– Et la vie sur d’autres planètes? Qu’en pensez-vous? Existe-t-elle et si oui aimeriez-vous entrer en contact avec elle et pour nous, en tant qu’humanité, entrer en contact avec elle?

Honnêtement, je n’y ai pas pensé. Pour la raison suivante: la Terre est tellement belle et intéressante et a besoin de tant d’énergie et de soins … A quoi bon la détruire et dire que nous irons sur une autre planète? Honnêtement, je ne comprends pas. Si un extraterrestre veut me contacter, je serai heureux de lui parler. Mais je ne mets pas d’énergie dans de telles poursuites. Je pense aussi que les problèmes seront plus ou moins les mêmes. Le mental restera le mental avec ses bizarreries, quelle que soit la planète sur laquelle vous vous trouvez.

– Cependant, un contact avec d’autres planètes rendrait peut-être la vie plus relative ici? En nous faisant apprécier plus ce que nous mentionnions ci-dessus? Ou s’il était prouvé sans aucun doute possible qu’il n’y a pas de vie extraterrestre, cela nous ferait apprécier ce que nous avons et ce que nous avons accompli puisque nous serions uniques dans l’univers.

Tout est déjà relatif et unique; il suffit de regarder autour de nous. Il y a 5 millions d’années, un homme s’est marié avec une femme et c’est pour cette raison que je suis assis ici sur ce fauteuil. Je n’ai pas besoin d’aller sur une autre planète pour me rendre compte de la relativité et du caractère unique de mon existence. J’insiste, j’ai une grande passion pour la vie sur Terre. Et souvent, la référence à d’autres planètes revient à éviter d’utiliser toute notre énergie avec passion pour résoudre ce qui existe ici sur Terre.

– Alors, en quoi croyez-vous – si vous croyez – métaphysiquement? Y a-t-il un Dieu?

Si je crois en la forme d’un grand-père avec une barbe qui nous regarde d’en haut? Pas du tout. Dans le concept d’une énergie incroyablement subtile? Oui sans aucun doute! À cet instant même, nous parlons parce que nous sommes en vie. D’où vient cette vie? Appelons cela «Dieu» cet incroyable stockage d’énergie qui nous donne la vie! Donc si vous me demandez Dieu existe-t-il? Je vais vous répondre: y-a-t-il une différence entre un corps mort et un corps vivant. Sans aucun doute. La source de cette énergie est le divin.

La vie n’est-elle pas simplement une énergie physique et chimique?

Quelle que soit la définition que vous voulez lui donnez je vous dirai qu’elle échappe totalement à votre contrôle. Vous pouvez la définir comme vous voulez.

Pouvez-vous nous expliquer un peu plus quelle est cette énergie subtile que vous appelez Dieu?

En ce moment je parle. Je mets de l’énergie. Les neurotransmetteurs sont activés. Pour parler, j’ai besoin de sucre dans mon sang. Une énergie un peu plus subtile que la parole. Pour pouvoir boire le thé que j’ai devant moi, il faut que j’aie soif. Le message vient de l’hypothalamus de mon cerveau. C’est une énergie encore plus subtile. Maintenant, pour que tout cela fonctionne, il faut que je sois en vie. La vie est la plus subtile des énergies. Tout comme l’électricité est l’énergie subtile de ce téléphone. Sans électricité, ce téléphone serait inutile. C’est ce que je veux dire par énergie subtile. Cette haute énergie qui nourrit toutes les expressions énergétiques plus grossières.

Pourquoi croyez-vous que nous venons à la vie? Y a-t-il un sens à notre existence?

Observez les arbres qui poussent sans arrêt, aidant l’environnement, la vie qui se s’écoule d’elle-même, tout un système qui se soutient mutuellement. Comment pouvez-vous ne pas danser avec ce système? Je crois que la vie elle-même est le sens. Quand nous recherchons un sens, c’est comme si nous mettions des limites, rétrécissions la vie à nos propres limites mentales. Le sens est limité. La vie est plus large que le sens. Le sens présuppose la présence d’un cerveau. Cependant, notre cerveau n’existait même pas lorsque nous avons été créés en tant qu’embryons et que la vie nous a été donnée. Ainsi, le cerveau dans lequel les concepts existent ne peut contenir la vie.

Donc, il n’y a pas de plan général d’existence, un plan directeur?

L’idée d’un plan directeur me rappelle le monde des affaires, des projets, quelque chose de très structuré. Je crois que le plan directeur est la vie elle-même. C’est ça et rien d’autre. Chaque moment qui s’écoule est le «plan directeur». C’est le maintenant, c’est le toujours, c’est tout ce qui se passe en même temps.

Ne dépend-il pas de nous de donner un sens à notre existence?

Il dépend de nous de rechercher la vérité dans tout ce que nous faisons. Comme en médecine lorsque vous recherchez la raison pour laquelle une personne tombe malade: vous ne devez pas être satisfait de la première réponse. Recherchez plus loin, toujours plus loin. Si vous recherchez constamment la vérité, il n’est pas possible que vous ne trouviez pas de sens à votre vie.

La vérité n’est-elle pas une autre construction mentale comme la logique?

La vérité en ce qui concerne les significations que nous lui attribuons, oui. Mais si vous voyez la vérité comme un concept, c’est quelque chose qui reste constant. Nous disons, m’aimes-tu vraiment? Ce qui veut dire: Seras-tu toujours constant? Qu’est-ce qui reste constant dans cet univers? Seulement la vie elle-même. Tout le reste change. Notre corps change, tout change. Donc, la vérité à un niveau plus grossier a un sens. À un niveau plus subtil, elle ne fait plus qu’un avec Dieu. Avec la vie comme elle s’écoule… La vérité est quelque chose qui ne change pas. Vous ne recherchez pas la vérité, vous la suivez. C’est comme un rayon de lumière que vous suivez. Vous ne l’attrappez pas.

Comment l’identifiez-vous?

Vous ne pouvez pas la trouver comme ça spécifiquement. Mais vous pouvez quitter l’obscurité. En quittant l’obscurité, vous vous dirigez vers la lumière.

Cela sonne comme de «beaux mots».

Je vais vous dire ce qui suit. En cet instant nous avons un échange. J’essaie d’être aussi vrai que possible dans tout ce que je dis. C’est la vérité. Aussi simple que cela. Rien d’autre.

Est-ce suffisant? Parce que nous avons appris à rechercher la vérité de manière téléologique. Pour que le juge parvienne à une conclusion, sur ce qui s’est réellement passé.

La vérité est ce moment qui coule. Pour moi, philosophiquement parlant. Et si vous suivez le moment qui s’écoule, bien sûr, vous prendrez la bonne décision, à la fois en tant que juge, en tant que médecin et en tant que père. La vérité est maintenant, pas quelque part à la fin, le résultat de quelque chose. La vie est un maintenant qui coule, la vérité. Tout le reste sont des fantasmes et des souvenirs.

 

// Le Dr Nicholas G. Kostopoulos a obtenu son diplôme en 1984 à l’école de médecine d’Athènes. Il a travaillé dans l’unité rénale de l’Hôpital Naval d’Athènes, dans l’unité de soins intensifs de l’Hôpital des Maladies Pulmonaires «Sotiria» et dans l’unité pulmonaire de l’Infirmerie Royale de Manchester en Angleterre. Il est membre de l’Association des Médecins Homéopathes de Grèce et du Royaume-Uni. Pendant dix ans, il a exercé la médecine dans un cabinet privé à Londres, combinant Ayurveda et médecine moderne. Depuis décembre 1999, il dirige le Centre de Santé Holistique de Kifissia. Ensemble avec le Dr Ashvin Barot, ils étudient les maladies psychosomatiques et le traitement du stress en utilisant les méthodes de la médecine ayurvédique. Il est membre de l’équipe du comité éditorial du JAIM (Journal de l’Ayurveda et de la Médecine Intégrative). Il participe à des séminaires internationaux et a donné des conférences en Angleterre, en Irlande, en Allemagne, en France, en Suisse, au Canada, au Japon et en Inde.